Le bâtiment présente une structure en béton à la fois massive et légère : une trame de poutres très fines couvre une large surface et accentue l’horizontalité minérale de l’ensemble. En contraste, quelques troncs d’arbres plus sombres, aux formes organiques, traversent littéralement l’espace. Leur présence introduit une verticalité qui traverse le volume avec une force presque inattendue.
À la fin des années 1950, la Biennale de Venise décide de doter les pays nordiques d’un pavillon permanent dans les Giardini. Un concours d’architecture est alors organisé en Scandinavie, que le norvégien Sverre Fehn remporte. Il hérite ainsi d’un terrain marqué par la présence de plusieurs arbres, qu’il choisit d’intégrer au projet plutôt que de les supprimer, faisant de cette contrainte initiale un élément structurant de la conception. Inauguré en 1962 et conçu pour représenter la Norvège, la Suède et la Finlande, le Pavillon n’affiche aucun symbole national explicite. Fehn ne cherche pas à évoquer le Nord par des formes traditionnelles, mais par une qualité de lumière : à Venise, où la lumière méditerranéenne est directe et intense, il met en place un dispositif capable de la filtrer afin d’obtenir une atmosphère plus diffuse et homogène, proche d’une clarté nordique.





Le bâtiment se compose d’un grand espace unique et modulable, conçu pour accueillir des expositions d’art contemporain. La toiture, formée par un réseau régulier de fines poutres en béton armé, joue un rôle déterminant : elle constitue à la fois la structure porteuse et un filtre lumineux. Les lames parallèles, disposées avec précision, limitent l’éblouissement et assurent une diffusion stable de la lumière naturelle. Cette approche reflète une constante dans l’œuvre de Fehn : la structure n’est pas dissimulée. Les éléments porteurs — béton, bois ou acier — restent visibles et participent directement à l’organisation de l’espace. Ici, la matérialité demeure volontairement neutre : le béton apparent, clair et sans ornement, établit un cadre stable qui ne concurrence pas les œuvres exposées, tout en maintenant un équilibre attentif entre construction, lumière et paysage.
L’architecture de Fehn crée ici une canopée minérale. À la découverte du bâtiment, on est d’abord saisi par ce grand espace, à la fois puissant et neutre ; la répétition des poutres compose une trame qui évoque presque une forêt. Puis, dans le contraste avec les arbres, s’impose l’évidence : c’est un espace construit, et seule l’architecture peut produire une telle force expressive.






