Dispositifs construits dans l’urgence pour accueillir les populations migrantes fuyant la violence de la guerre ou l’extrême pauvreté, les camps de réfugiés sont des non-lieux anthropologiques, c’est à dire des espaces dépourvus de mémoire, d’organisation et d’identité. Bien que précaires et conçus pour être provisoires, ces structures peuvent accueillir jusqu’à 50 000 migrants, soit la population dune petite ville, comme certains camps situés à la périphérie de la ville de Dabaab au Kenya. On dénombre aujourd’hui dans le monde, plus de 12 millions de réfugiés. Souvent, des barricades et barbelés délimitent ces camps de fortunes pour empêcher les réfugiés de circuler dans le pays qui les accueille. Bien que transitoires, les camps tendent à perdurer au-delà de la durée de l’urgence, 5 ans, 10 ans ou plus en raison de l’impossibilité des peuples en exil à retourner dans leur pays d’origine et de l’incertitude de leur destination. De 9 ans en 1993, la durée moyenne d’un séjour dans un camp est passée à 17 ans en 2004. Bien qu’en suspens, la vie de ces familles exilées continue malgrè tout : les gens naissent, se marient, décèdent ; les rituels se réactivent, la mémoire et les identités investissent les lieux. Au fil du temps (passé l’état de sidération consécutif à la fuite du pays et l’arrivée dans le camps), ces territoires anonymes et fermés se transforment progressivement, s’ouvrent, se développent, prennent le rythme de leurs habitants, s’adaptent à leur culture et à leur tradition jusqu’à devenir des ébauches de ville hybride. Des rues se dessinent, des centres collectifs et identitaires se créent, des lieux de culte peuvent apparaître, une organisation sociale et politique s’organise parmi la population. Bien que préfabriqués, les abris se personnalisent, chaque famille se réapproprie les lieux en reconstituant leur habitat d’origine avec les matériaux qu’elle trouve (naturels ou industriels). Reposant sur la débrouille, les connaissances de chacun et une forte envie de s’extraire de l’oisiveté imposée par ces lieux transitoires, une économie embryonnaire se met en place. Des activités commerciales et artisanales émergent. Certains vendent des légumes cultivés dans un coin de leur habitat, des objets artisanaux qu’ils ont fabriqués (tôlerie, menuiserie, cordonnerie, etc) ou même échangent des services. Sur ces No man’s land, les gens progressivement se resocialisent, les familles se recomposent. Les camps deviennent les fondements d’une nouvelle urbanité.







![A Third and Final Home-[Documentary Summary: The twelve-thousand Somali Bantus living in the Kakuma refugee camp have the perversely unique distinction of being a thrice-displaced people. Situated in the northeastern corner of Kenya, Kakuma has been the Bantus' latest home after being forcibly displaced several times: first by the eastern African slave trade several hundreds of years (to enslavement in Somalia) and second by the disintegration of the state of Somalia in 1991 (to refugee camps in Kenya). Barred from returning to their ancestral homeland, the Bantus are on the move again, this time to the United States, in what will remain their permanent new home. I traveled to Kakuma in the Spring of 2004 to document life in the refugee camp as well as the Somali Bantus long-awaited journey to their new home.] -Untitled Photograph-As the punishing sun begins to heat up the morning, a lone Somali Bantu biker cuts through the "streets" of Kakuma, past houses made of mud-brick and topped with tin roofs.](https://i0.wp.com/vernaculaire.com/wp-content/uploads/2016/02/original.jpg?resize=1200%2C803&ssl=1)


