L’origine du bonsaï remonte au penjing (盆景) chinois, une pratique qui consistait à disposer des arbres et des pierres dans un petit récipient afin de reproduire, à échelle réduite, des paysages de montagnes, de vallées ou de vieux arbres. En se diffusant au Japon, cette tradition s’est progressivement concentrée sur l’arbre lui-même, sur sa croissance et sur sa forme. Le bonsaï (盆栽) condense ainsi la nature dans un espace restreint : pendant des années, les branches sont taillées, attachées et guidées pour faire naître un paysage.
Le photographe japonais Yamamoto Masao a commencé à photographier des bonsaïs en 2017, après sa rencontre avec Akiyama Minoru. Depuis la pépinière de ce dernier, différentes espèces — pins noirs du Japon, genévriers, plaqueminiers, pruniers, érables — ont été transportées jusqu’au studio du photographe. Certaines ne mesuraient qu’une dizaine de centimètres, d’autres atteignaient près d’un mètre. Toutes portaient en elles plusieurs décennies, parfois plusieurs siècles.

Yamamoto ne photographie pas ces arbres comme des spécimens botaniques. Dans Bonsai – Microcosms Macrocosms, la notion d’échelle s’efface facilement. Derrière un arbre minuscule apparaissent une montagne et un ciel ; ailleurs, l’arbre occupe une place plus grande que le paysage lui-même. Dès que l’on oublie qu’il pousse dans un pot, le bonsaï ressemble à un arbre monumental, solitaire au bord d’une falaise ou au milieu d’une plaine, façonné par le temps. Plutôt que de photographier simplement le bonsaï, Yamamoto fait entrer le paysage environnant dans l’image.
Ce déplacement révèle quelque chose de la nature même du bonsaï. Un bonsaï n’est pas simplement un arbre miniature : c’est un moyen d’imaginer, à travers lui, une nature beaucoup plus vaste. Yamamoto explique avoir été attiré par cette capacité à condenser, dans un espace limité, des éléments de la nature et de l’univers. Lui qui compare volontiers ses petites photographies à des haïkus retrouve dans le bonsaï une autre manière de faire surgir un monde immense à partir de quelques éléments seulement.
La forme d’un bonsaï ne se crée pas en une seule fois. On coupe une branche, on pose un fil, on modifie une direction, puis on attend que l’arbre pousse à nouveau. À l’intervention humaine succède la croissance de l’arbre, qui appelle à son tour un nouveau geste. L’homme observe la manière dont l’arbre se développe et intervient dans son mouvement ; l’arbre, lui, continue à produire sa propre forme à l’intérieur des conditions qui lui sont données. Dans un petit pot et une faible quantité de terre, le temps s’accumule dans le tronc et les branches. C’est cette densité du temps que Yamamoto dit avoir ressentie lorsqu’il a placé un bonsaï dans une pièce : la seule présence de l’arbre suffisait à transformer l’atmosphère et à donner l’impression que le temps s’écoulait plus lentement.
Si le bonsaï fait entrer une vaste nature dans un petit pot, les photographies de Yamamoto accomplissent le mouvement inverse : elles redonnent à cette nature miniature les dimensions d’un grand paysage. Elles brouillent la perception de l’échelle et, par le fond et la lumière, inventent un nouveau lieu pour l’arbre. Dans l’image, la nature réduite redevient montagne, forêt ou paysage ancien.
L’exposition présentée en 2019 à la Mizuma Art Gallery de Tokyo portait le titre BONSAI 手中一滴, « Une goutte dans la main ». Elle rapprochait le travail de Yamamoto d’une image tirée du Shōbōgenzō de Dōgen : celle d’une goutte d’eau contenant en elle l’univers tout entier. Une manière de découvrir un monde immense à l’intérieur de ce qui est minuscule.
Le bonsaï est lui aussi un petit monde. L’arbre pousse, une main intervient, les saisons passent, puis l’arbre pousse à nouveau. Ce cycle se répète pendant des décennies, parfois des siècles, et façonne peu à peu sa forme. Les photographies de Yamamoto Masao condensent à leur tour ce temps accumulé dans une petite image. Elles déploient à nouveau le vaste paysage contenu dans un arbre assez petit pour tenir entre les mains.



