Fighters, Masanori Ushiki

Les super-héros dessinés par Masanori Ushiki apparaissent sous des formes que nous n’avons jamais vues auparavant. Masqués, vêtus de couleurs éclatantes, ses Fighters semblent exister dans ses dessins avec une liberté totale, comme des êtres issus d’un imaginaire que nous avions oublié. Dans cette succession infinie de personnages, on ressent même une forme d’euphorie.

Ils portent des masques qui rendent leur identité indéfinissable, mais c’est précisément cette part d’anonymat qui permet à chacun de se projeter en eux. Débarrassés d’un récit imposé, ces personnages deviennent moins des héros à reconnaître que des formes ouvertes, disponibles à l’imagination de celui qui les regarde.

Né en 1981 dans la préfecture de Niigata, Masanori Ushiki est aujourd’hui basé entre Tokyo et Kyoto. Son travail puise dans l’animation, le tokusatsu et la culture du jouet des années 1980 et 1990, mais aussi dans une sensibilité graphique où se mêlent humour et mode. À travers des séries comme FIGHTERS ou VISITORS, il poursuit une recherche autour de personnages débarrassés de récit, réduits à leur présence, à leur forme et à la puissance immédiate de leur apparition.

 

Comment la série Fighters est-elle née ?

La série Fighters a commencé en 2008. Au départ, je dessinais des héros de mon enfance, des personnages nostalgiques que je réinterprétais à ma manière. J’ai ensuite exposé ces dessins avec des amis. Mais au début, presque personne ne les comprenait. Mon premier livre n’a finalement été publié qu’en 2024. Pendant près de quinze ans, cette série a donc été très peu reconnue.

Comment créez-vous un nouveau personnage ?
Qu’est-ce qui vient en premier : un pouvoir, un accessoire, une couleur, une silhouette ?

Au départ, l’élément le plus important, c’est la pose. Une fois que la direction de la pose apparaît, mon attention se porte très vite sur le visage. Pour moi, le visage est essentiel dans la création d’un personnage. À ce stade, je suis encore dans la phase de croquis et de recherche.

Lorsque je passe à la couleur, le visage devient progressivement moins central. Je commence alors à regarder davantage l’impression générale du personnage. En travaillant l’équilibre avec le corps, il arrive même que le visage perde de son importance.

Les priorités changent selon les étapes du processus. Ce qui me demande le plus de temps, c’est l’ajustement de l’équilibre des couleurs.

Les couleurs et les motifs occupent une place importante dans votre travail.
Comment les choisissez-vous ?

Au départ, je fonctionne surtout à l’intuition. Je me dis simplement : « Ce personnage doit être de cette couleur », puis j’applique les couleurs assez librement. À partir de cette première base, je consulte des nuanciers et des tableaux d’associations de couleurs, puis j’ajoute progressivement d’autres teintes. Mais si je procède ainsi, tous les personnages finissent par devenir très colorés. Il m’arrive donc de décider dès le départ qu’un personnage n’utilisera que trois couleurs.

Pour les motifs, ils naissent souvent de formes qui apparaissent naturellement avec le mouvement de ma main et la forme du pinceau. C’est pour cela que les pois, les lignes ondulées ou les éclairs reviennent souvent dans mon travail : ce sont des motifs que je dessine facilement.

Quand vous dessinez, imaginez-vous aussi des histoires pour vos personnages ?

Cela peut peut-être décevoir, mais mes personnages n’ont pas vraiment d’histoire. Je n’y pense pas beaucoup. Ils n’ont probablement pas non plus de pouvoirs très puissants. Je les imagine plutôt maladroits au combat, pas forcément très utiles dans une bataille.

Ils n’ont pas d’histoire, mais ils ont une personnalité. Gagner sans combattre. Avoir une présence si forte que l’adversaire perd l’envie de se battre. Je pense que cette forme de force existe. Et je crois que la mode possède ce type de pouvoir. C’est cela que j’essaie d’exprimer.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

Ma plus grande source d’inspiration vient de l’anime Kinnikuman (1983–), que je regardais à la télévision quand j’étais enfant. J’ai aussi été fortement influencé par les séries japonaises en prise de vue réelle appelées tokusatsu, comme Space Sheriff Gavan ou Taiyo Sentai Sun Vulcan.

Le fait qu’il y ait un magasin de jouets juste en face de chez moi a aussi beaucoup compté.

J’ai grandi dans une région où il neigeait beaucoup. L’hiver, je faisais souvent du ski alpin. Voir des gens en tenues de ski très colorées, avec des lunettes aux couleurs vives, se détacher sur la neige blanche, me fait aujourd’hui penser à l’univers même de Fighters.

Le reste de l’année, j’ai pratiqué le kendo pendant longtemps. Les armes, les armures et le combat faisaient donc partie de mon quotidien, sans que j’en aie vraiment conscience. Plus tard, à l’âge adulte, mon premier travail a consisté à produire des produits dérivés pour l’anime NARUTO. Je devais demander aux animateurs de dessiner de nombreux personnages, dans toutes sortes de poses. C’est à ce moment-là que j’ai découvert à quel point les poses pouvaient être intéressantes. Avec le recul, j’ai l’impression que tous les éléments nécessaires à la création de Fighters se sont alors réunis.

 

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