Hoji, habiter les formes rurales – AOA Architects

Hoji est un projet résidentiel conçu par aoa architects à Gangneung, sur la côte est de la Corée du Sud. Entre mer, champs et montagnes basses, ce territoire est marqué par de nombreuses constructions agricoles — serres, hangars, ateliers — qui ponctuent le paysage rural. Le projet se compose de trois maisons : la Maison ronde, la Maison longue et la Maison octogonale.

Issues de formes élémentaires empruntées au paysage rural, ces maisons semblent rassembler en un même lieu plusieurs archétypes du bâti ordinaire coréen. Ce sont des figures familières, mais rarement convoquées lorsqu’il s’agit de concevoir une maison. À Hoji, elles réapparaissent sous une forme domestique. Leur présence est à la fois évidente et légèrement déroutante. Elle invite à imaginer ce que peut être la vie à l’intérieur de tels volumes.

 

Hoji, photos © Danny Kai​ (www.danny-kai.com)

 

« La surface est modeste et ne contient que le strict nécessaire pour manger et dormir, mais le volume de l’espace possède une richesse suffisante pour éveiller pleinement les sens. Les ouvertures, volontairement mesurées, plongent l’intérieur dans une pénombre douce. Pourtant, tout au long de la journée, les masses de lumière tombant des lanterneaux traversent lentement les pièces et rendent perceptible le passage du temps. »

Construites en béton, les maisons apparaissent de l’extérieur comme des objets sobres. Les murs associent deux textures distinctes : un béton lisse, qui donne aux volumes leur netteté, et un béton plus rugueux autour des fenêtres, qui marque les ouvertures et enrichit l’expression de l’ensemble. Les toitures en tôle nervurée rappellent quant à elles les bâtiments agricoles des campagnes environnantes.

Les maisons sont reliées entre elles par un chemin circulaire qui donne l’impression qu’une grande habitation aurait été fragmentée, puis redistribuée sous la forme d’un petit village. Ce cercle de béton de trente mètres de diamètre sert à la fois de chemin et d’élément fédérateur. Surélevé à hauteur de taille, il ne paraît jamais lourd. Posé au milieu des plantes, il évoque tour à tour une cour, un jardin ou un champ délimité. Les limites de la maison semblent alors s’élargir, laissant entrer librement la végétation, la nature et le paysage.

Entre les maisons apparaît le calme de la campagne environnante. Observé de loin, Hoji devient lui-même un élément du paysage.

 

Hoji, photo © Danny Kai​ (www.danny-kai.com)

 

Lorsque vous concevez un projet résidentiel, quels sont les éléments les plus importants dans la relation entre l’espace intérieur et l’environnement extérieur?

Je dirais avant tout la retenue dans le dessin des fenêtres et des ouvertures. Beaucoup cherchent à ouvrir le plus possible la maison sur l’extérieur afin d’y faire entrer le paysage. Pourtant, ce geste conduit souvent à multiplier les surfaces vitrées au point que la maison peut finir par évoquer un bâtiment commercial, avec une présence plus légère et moins intime. Je préfère travailler sur le cadrage du paysage (framing), afin de créer une relation plus précise entre le lieu et les habitants. Il peut s’agir d’une fenêtre pour rêvasser, d’une fenêtre que l’on regarde en pratiquant le yoga, d’une fenêtre associée aux repas, d’une ouverture destinée à capter une douce lumière du nord ou encore à laisser entrer la brise du printemps.

Les grandes baies vitrées panoramiques conviennent peut-être à des lieux de séjour où l’on recherche une expérience spectaculaire pendant quelques jours. Dans une maison, elles apportent souvent moins de confort, moins de mystère, et entraînent une dépense énergétique importante. Je pense aussi qu’il est nécessaire de distinguer, autant que possible, les fenêtres destinées à la vue de celles destinées à la ventilation, et d’adapter leur dimension à celle des espaces qu’elles desservent.

Dans le projet Hoji, les hébergements disposent ainsi d’ouvertures volontairement limitées, créant des espaces plutôt introvertis. À l’inverse, le bâtiment communautaire est largement vitré en façade. Cette différence reflète simplement la différence d’usage entre les deux programmes. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je préfère la maison Esherick de Louis Kahn à la Glass House de Philip Johnson.

 

Le projet Hoji semble entretenir une relation très directe avec son site.
Est-il né d’une interprétation particulière de ce paysage rural ? Le choix du béton s’est-il imposé dès le départ ?

Le point de départ essentiel de Hoji était son implantation dans un village rural tout à fait ordinaire. Il n’y avait ni vue spectaculaire sur la mer, ni panorama montagneux remarquable. C’était simplement un village calme, sans caractère exceptionnel. Mais c’est précisément ce qui m’a plu. Les champs autour du terrain, les collines modestes, les aboiements lointains des chiens, la fumée qui s’élevait de la cheminée du voisin : tout cela dégageait une sérénité presque romanesque.

La lumière, présente tout au long de la journée, et cette parcelle légèrement en contrebas, entièrement recouverte d’herbes folles, ont constitué une véritable source d’inspiration. J’ai imaginé conserver autant que possible cette végétation spontanée et surélever légèrement les bâtiments. J’étais convaincu que la rencontre entre la fragilité des herbes et la présence massive des dalles en béton produirait une tension esthétique intéressante. J’imaginais aussi les jours de fortes pluies, lorsque le terrain se couvrirait partiellement d’eau : les plateformes de béton sembleraient alors flotter à sa surface, créant une scène presque irréelle. Les longues ombres projetées par les bâtiments devaient également renforcer cette sensation de temps suspendu, à la manière des peintures de Giorgio de Chirico.

Les demandes du maître d’ouvrage étaient relativement simples : aménager, sur un terrain d’environ 3 300 m², trois unités d’hébergement indépendantes, un bâtiment communautaire destiné notamment aux petits-déjeuners, ainsi qu’une maison pour la famille propriétaire, tout en garantissant l’intimité des lieux et la qualité des circulations. Les propriétaires exprimaient aussi une certaine lassitude face à ces hébergements contemporains très luxueux, saturés de finitions sophistiquées et d’équipements haut de gamme, que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de « stays ».

À mesure que la réflexion avançait, il m’est apparu que la meilleure réponse consistait à créer une architecture capable de s’inscrire discrètement dans le paysage existant, en reprenant les formes et les matériaux familiers des maisons et des entrepôts du village. Hoji a ainsi pris la forme d’un ensemble simple et reconnaissable, évoquant des pavillons, de petits postes de garde octogonaux, des greniers agricoles ou encore ces maisons dont les avant-toits ont été agrandis au fil du temps.

Pour les façades, je souhaitais retrouver l’atmosphère très ordinaire des hangars en béton que l’on voit partout dans la campagne. Afin d’enrichir leur matérialité, la surface a toutefois été laissée rugueuse jusqu’au niveau supérieur des fenêtres. À l’intérieur, en revanche, tout est en bois : le sol, les murs et le plafond. On a presque l’impression d’être à l’intérieur d’un violoncelle.

 

Hoji, aoa architects photo © Hyosook

Comment est née l’idée de la promenade circulaire qui relie les différents volumes du projet ?

L’idée d’implantation qui m’est venue lors de ma première visite du terrain est restée pratiquement inchangée jusqu’à la réalisation. Les cinq bâtiments ont été disposés à distance les uns des autres afin de préserver leur intimité. Ils sont reliés par une grande promenade circulaire en béton, légèrement surélevée par rapport au sol, qui les connecte sans jamais vraiment les toucher.

J’étais persuadé qu’une telle disposition permettrait d’éviter la reconstitution pittoresque, presque kitsch, d’un chemin de campagne sinueux, tout en créant un paysage harmonieux organisé autour d’un jardin partagé. Il me semblait également évident qu’aucune clôture ne devait séparer le projet des terrains voisins. Si l’intérieur de la boucle constitue un espace commun, chaque hébergement se prolonge, dans une direction qui ne gêne pas les autres, par une terrasse en béton destinée aux barbecues. L’une regarde un champ d’oignons verts, une autre une montagne au loin, une troisième le village. Pendant un repas, les sons se mêlent : la musique qui s’échappe d’une maison, les aboiements lointains, les insectes dans l’herbe, le bruit de l’eau dans les canaux d’irrigation. Tout cela compose l’atmosphère du lieu.

Quelle direction souhaitez-vous donner à l’architecture d’AOA ?
Y a-t-il un projet que vous rêveriez de réaliser ?

J’aimerais créer une architecture à la fois belle et chaleureuse, rigoureuse mais naturelle, dissonante tout en restant harmonieuse, sérieuse mais capable de conserver une part d’humour. Au fond, que cela soit réussi ou non, ce qui m’importe est de parler de notre réalité, de raconter quelque chose qui m’appartient. Un peu comme dans les films de Hong Sang-soo : des histoires qui semblent ordinaires mais qui continuent à nous habiter longtemps après. Je ne peux pas vraiment dire qu’il existe un projet précis dont je rêve. J’accepte ce qui se présente. Ce qui m’intéresse davantage que le programme lui-même, c’est le processus de réflexion et de conception qui l’accompagne.

Hoji, aoa architects — Maquette d’étude de la maison ronde
Hoji, aoa architects — Maquette d’étude de la maison longue
Hoji, aoa architects — Maquette d’étude de la maison hexagonale

 

Avec les collines boisées de conifères en arrière-plan, les hébergements indépendants reprennent les formes familières des constructions du village.
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