Le tavaillon est une petite pièce de bois traditionnellement fendue, utilisée pour couvrir les toitures et habiller les façades. Disposés en rangs successifs et superposés à la manière d’écailles, les tavaillons forment une enveloppe protectrice qui favorise l’écoulement de l’eau tout en permettant au bois de sécher. Cette technique, répandue dans le Jura, les Alpes et plusieurs régions d’Europe centrale, porte différentes appellations selon les traditions locales : tavillons en Suisse romande, tavaillons en Franche-Comté et en Savoie, Schindeln dans les régions germanophones. Les bardeaux, ou anseilles, désignent généralement des éléments plus grands et plus épais, principalement destinés aux toitures.

Traditionnellement fabriqués à partir d’essences locales, comme le mélèze, l’épicéa ou le châtaignier selon les régions, les tavaillons témoignent d’une architecture née de la disponibilité des ressources et de l’adaptation au climat. Leur fabrication repose sur une connaissance empirique du bois. Le tavillonneur choisit l’arbre en observant son écorce, ses branches et la régularité de ses fibres. À l’aide d’un fer et d’une mailloche, il fend progressivement le bois dans le sens de ses veines, plutôt que de le scier, afin de préserver sa structure naturelle et de favoriser l’écoulement de l’eau. Ce savoir-faire, longtemps transmis au sein des familles, associe la connaissance du territoire à celle du matériau.
Sur les toitures, les tavaillons sont disposés en rangées largement superposées, dont le recouvrement assure l’étanchéité. Certaines couvertures anciennes, réalisées avec de grandes anseilles, étaient simplement maintenues par des perches lestées de pierres. En façade, les tavaillons sont fixés sur un support ventilé, formant une peau indépendante qui protège les murs des intempéries tout en permettant à l’humidité de s’évacuer. Leur disposition peut également donner naissance à des motifs, des arrondis ou des variations de rythme, témoignant de traditions locales et de la liberté du geste artisanal.
Au fil des saisons, le bois perd sa couleur initiale et prend une teinte gris argenté, parfois presque noire selon son exposition. La façade n’est plus une surface figée : elle enregistre le passage du temps, les pluies et les variations de lumière. Chaque tavaillon vieillit différemment, donnant à l’ensemble une texture irrégulière malgré la répétition d’un même élément. Cette transformation naturelle ne constitue pas nécessairement une dégradation : correctement fabriqué et posé, un bardage en tavaillons peut traverser plusieurs générations.

Longtemps associé aux constructions rurales et montagnardes, le tavaillon a progressivement reculé devant la diffusion des tuiles et des matériaux industriels. Les risques d’incendie, les réglementations et l’évolution des modes de production ont contribué à son abandon. Sa persistance dans certaines régions, puis le regain d’intérêt qu’il connaît au XXe siècle, témoignent néanmoins de la valeur d’un savoir-faire longtemps considéré comme dépassé.
Le bardage en tavaillons illustre une forme d’intelligence constructive vernaculaire. Il ne cherche pas à imposer une forme au matériau, mais compose avec ses propriétés. Sa beauté naît moins d’une intention décorative que de l’accumulation de gestes simples, de la répétition et de l’usure naturelle. Chaque pièce est semblable aux autres sans être parfaitement identique, et c’est de cette variation que naît l’unité de l’ensemble.
Références : Denyse Raymond, Daniel Glauser, Les couvertures en bois (Tavillons et tavillonneurs), Les Cahiers du Musée du Bois, n° 9, Arboretum d’Aubonne, 1986.


