La beauté des racines tient peut-être avant tout au fait qu’elles échappent à notre regard. Découvrir qu’elles s’étendent bien au-delà de ce que nous imaginions provoque un étonnement qui explique en partie notre fascination pour les dessins de ces botanistes.
Nous sommes habitués à voir les parties aériennes des plantes, leurs tiges, leurs feuilles et leurs fleurs. Lorsque nous découvrons leurs racines, jusque-là dissimulées sous la terre, nous sommes surpris par leur étendue et par la délicatesse de leurs formes. Chaque système racinaire développe une forme singulière, façonnée par la croissance de la plante et les conditions de son environnement. Certaines racines semblent même se rejoindre, comme si elles se tenaient par la main. À les observer, on en vient à leur prêter des traits de caractère : délicatesse, audace, timidité ou solitude. Comme si chaque plante révélait, à travers ses racines, quelque chose de sa personnalité.





À partir des années 1960, la botaniste autrichienne Lore Kutschera, à la tête de l’Institut de phytosociologie de Klagenfurt, entreprend avec Erwin Lichtenegger, puis Monika Sobotik, un vaste travail de recherche sur les systèmes racinaires. Pendant plusieurs décennies, leur équipe étudie les racines des plantes dans leur milieu naturel. De ces recherches est issue une collection de 1 180 dessins, aujourd’hui conservés sous forme numérique à l’université de Wageningen.
Leur méthode repose sur un patient travail d’excavation. La terre est retirée progressivement afin de dégager les racines tout en préservant leur disposition naturelle. À différentes étapes de l’excavation, des relevés à l’échelle sont réalisés à la main, avant que les racines ne soient déplacées. Certaines fouilles atteignent plusieurs mètres de profondeur. Ces dessins successifs permettent de restituer l’étendue et la complexité des réseaux souterrains, dont l’organisation spatiale serait difficile à saisir par la seule photographie.
Réunis dans les différents volumes du Wurzelatlas, ces relevés constituent autant de portraits de plantes que de documents scientifiques. Ils révèlent la manière dont chaque espèce occupe le sol et adapte son développement aux conditions de son environnement. Mais au-delà de leur valeur botanique, ces dessins donnent à voir un monde habituellement inaccessible, où chaque ligne témoigne d’une croissance lente et silencieuse.






