Gordon Matta-Clark – Destructeur d’architectures

Les débuts

Né en 1943 dans une famille d’artistes (son père Roberto Matta est peintre), Gordon Matta-Clark passe son enfance entre New-York, la France et le Chili. En 1963, il part pendant un an étudier la littérature française à la Sorbonne à Paris. Il y découvre les mouvements déconstructiviste et situationniste qui nourriront plus tard son travail artistique. Puis jusqu’en 1968, il suit des études d’architecture à l’Université Cornell de la ville d’Ithaca dans l’état de New-York. Pendant cette période, il développera un regard très critique envers cette discipline qu’il ne pratiquera jamais, mais qu’il introduira dans son travail.
Je ne souhaite pas employer des concepts relatifs à la sculpture en architecture, je préfère m’appuyer sur l’architecture pour faire des sculptures. Il y’a toujours dans mon travail une relation étroite entre sculpture et architecture : l’une amaintenant pris le pas sur l’autre plutôt qu’elle ne lui sert de support. (Mata Clark / Entretiens – Editions Lutanie)
En 1969, il commence a fréquenter la scène artistique New-Yorkaise, participe à la première expositions du 112 Greene Street à Soho et rencontre des artistes du Land Art comme Robert Smithson. En 1971, il fonde Food, un restaurant géré par des artistes. La même année, à l’école des Beaux-Arts deBoston, il réalise sa première intervention architecturale en considérant le bâtiment comme un matériau sculptural. Dans cette installation, il tire une conduite de gaz qui se trouve derrière un mur vers l’intérieur de la salle d’exposition avant de la refaire passer dans le mur.

Anarchitecture

Durant les années 1970, Matta-Clark entreprend son travail de déconstruction de l’architecture avec la série « anarchitecture » qui le rend célèbre dans le monde entier. Ces interventions in-situ et éphémères consistent en des découpes de morceaux de bâtiments, de maisons, d’immeubles abandonnés dont il en retire des pans, des tronçons pour en révéler la structure, les strates et en offrir une vision nouvelle.
En 1974, il réalise Splitting, son premier projet à grande échelle. Dans cet œuvre, il coupe en deux une maison en bois pavillonnaireà Englewood, dans un quartier en démolition dans le New Jersey.
Il est certain que découper dans un bâtiment, en retirer des pans a des conséquences visuelles, mais la fine bordure qui reste apparente m’intéresse autant, sinon plus, que les perspectives créées… Je parle des strates, des différentes couches, des différentes choses qui sont tranchées. Montrer comment on construit une surface uniforme. Je cherchais la façon la plus simple de créer quelque chose de complexe sans devoir construire ou ajouter quoi que ce soit… (Mata Clark / Entretiens – Editions Lutanie)

 

Pour l’œuvre Day’s End en 1975, l’artiste travaille secrètement et sans autorisations pendant 2 mois à extraire des pans du toit, de la façade et du plancher d’un bâtiment industriel abandonné à Manhattan. Les formes des découpes en ellipses sont décidés les unes par rapport aux autres en fonction de la lumière du soleil, de sa progression au cours de la journée et de sa répercussion sur le sol.
J’avais pensé baptiser l’œuvre Day’s End, parce qu’elle commence quand le soleil atteint le zénith, puis se met progressivement à décliner. (Mata Clark / Entretiens – Editions Lutanie)
Lors de la découverte de œuvre, la ville de New York intente un procès contre Matta-Clark avant de se rétracter.

 

La même année, il réalise un Conical Intersect pour la Biennale de Paris en découpant en grand trou en forme conique dans une maison du 17e siècle destinée à être détruit pour permettre la construction du centre Georges Pompidou. Le projet réalisé en pleine ville reçoit quelques critiques.

Les critiques venaient d’une étudiante. Sa réaction était tout à fait légitime. Elle me disait en gros que mon intervention était une connerie. Qu’il n’y avait aucune raison pour que ces bâtiments – qui sont des espaces dont les gens ont besoin parce qu’il n’y a pas assez de logements à Paris – deviennent des objets d’art. Je suis en partie d’accord avec elle si ce n’est qu’à l’époque, le bâtiment était totalement à abandon… La réaction que j’ai préféré venait d’un concierge… Elle avait un avis très pragmatique sur la question, elle m’a dit : « Oh, je vois… En fait, vous avez amené de la lumière et de l’air dans un espace qui en manquait. »

Il meurt prématurément en 1978 à l’âge de 35 ans, 2 ans après le suicide de son frère Jumeau.

 

 

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