Tadao Ando – l’architecte du beton et de la lumière

Né à Osaka au Japon en 1941, Tadao Ando est un architecte japonais autodidacte, mondialement reconnu pour ses espaces méditatifs en béton, ses jeux de lumière et son engagement fort avec la nature.

Tadao Ando grandit avec son frère jumeau dans un quartier populaire où il commence une carrière de boxeur professionnel à l’âge de dix-sept ans. À la même période, il se forme à la charpenterie en travaillant dans des chantiers. Sa première rencontre avec l’architecture se fait à travers un livre écrit par Le Corbusier qui le pousse à étudier l’architecture en autodidacte. Son apprentissage consiste à suivre des cours du soir, effectuer des stages et surtout visiter des architectures renommées à travers le monde. En 1965, Tadao Ando vient en France dans l’espoir de rencontrer Le Corbusier, mais arrive trop tard, ce dernier décédant le 27 aout 1965.

En 1969, il fonde son agence Tadao Ando Architecte & Associates à Osaka. Il acquiert une renommée après la réalisation de la Maison Azuma en 1979.  A la fin des années 1980, il réalise plusieurs de ses chefs d’œuvre, l’Eglise sur l’eau en 1988 et l’Eglise de Lumière en 1989. A cette même période, il commence à travailler sur le projet d’Art de l’île Naoshima en réalisant plusieurs musées remarquables.

Les bâtiments de Tadao Ando, par leurs formes géométriques simples et leurs circulations complexes, constituent des expériences physiques immersives.

En 1995 il reçoit, le prix Pritzker d’architecture. Il réalise cette même année l’Espace de Meditation à Paris pour les 50 ans de l’Unesco.

Unesco meditation Space – Paris

 

Hill of Buddha

Azuma House

Church of light

 

Le Chichu Museum sur l’ile Naoshima au Japon

Le riche Mécène et initiateur du monumental projet artistique de l’Île Naoshima, Soichiro Fukutake, confie la réalisation de l’ensemble du projet à Tadao Ando. Ce projet au Japon est l’occasion pour Tadao Ando de développer et radicaliser son concept d’architecture intégrée dans le paysage naturel. Lors de sa première visite sur l’ile, il imagine l’idée d’enterrer les bâtiments, de les fusionner avec la topographie de l’île et de faire une architecture invisible. Les musées ‘Benesse Museum’ (1992) ‘Chichu Museum’ (2004) et ‘Lee Ufan Museum’(2010) sont ainsi construits les uns après les autres selon cette idée.

Considéré comme l’un des plus beaux musées au monde, le Chichu Museum est également le musée le plus abouti de l’île. Entièrement enterré dans le site, il est dépourvu de façade. Seules son entrée et sa sortie sont visibles. Composé de différents espaces d’exposition, l’ensemble est relié par des passages souterrains exposés en plein air. Sa configuration nous rappelle le projet précédent ‘Oval’, notamment par ses ouvertures en formes géométriques simples.

Pour Ando, le vide est aussi important que le plein dans la composition des espaces. Le vide évoque chez lui un espace spirituel comme il a ressenti lors de sa visite au Panthéon. Les géométries se révèlent grâce à la lumière naturelle qu’il laisse pénétrer. Les formes fluctuent selon la lumière et selon notre mouvement. Murs, volumes, lumières, escaliers, le ciel et la vue qu’il ordonne pour créer son univers. Contrairement à Benesse Museum qui s’appréhende comme une masse solide, Chichu Museum s’intègre complètement sous la terre. Son volume est dispersé, fragmenté, difficile à discerner. Seule une vue aérienne nous permet de percevoir son apparence extérieure.

Pour concevoir ce projet, Ando imagine en premier les salles d’exposition qu’il dessine en fonction des œuvres des trois artistes présentés : Claude Monet, James Turrell et Walter De Maria. Ensuite il coordonne l’ensemble en aménageant des passages en plein air qui relient les espaces d’exposition. Ces passages ouverts sur le ciel – mais jamais sur le paysage – correspondent à l’univers de l’architecte. Les visiteurs alternent l’intérieur  et l’extérieur, la nature et l’artifice, les passages étroits et les vastes espaces d’exposition. Tadao Ando crée un rythme et une tension. Comme dans un labyrinthe, le visiteur est incapable de prévoir les espaces à l’avance. Malgré le fait que cette organisation permet à chaque espace d’exposition d’avoir une certaine indépendance, cette configuration constitue un ensemble relié, une succession de chemins.

L’architecte fait abstraction du paysage de Naoshima en ouvrant ses espaces uniquement sur le ciel.

Le rôle de la lumière naturelle est ici accentué par les ouvertures zénithales qui deviennent les seules sources de lumière. Elles sont en même temps un guide pour retrouver notre chemin dans ce labyrinthe.

Ici, le défi de Tadao Ando était de créer une séquence de lumière, en aménageant différentes expériences spatiales. Comme dans le projet Oval, l’intérieur du musée n’a aucune ouverture sur le paysage, excepté à la fin, dans la cafétéria qui offre une vue complète sur la mer.

Les thèmes de Tadao Ando

Obscurité

Ando a un attachement pour les espaces obscurs. La plupart de ses projets sont des espaces sombres dans lequel il sculpte les ouvertures pour amener la lumière naturelle. Il explique cet attachement par l’influence de sa maison natale, une vieille bâtisse traditionnelle japonaise construite en bois sombre. Il partira d’ailleurs de cette maison pour son premier projet « Azuma House », une maison pour un vieux couple japonais à Sumiyoshi. Dépourvue d’ouverture au côté rue, elle s’ouvre uniquement sur la cour intérieure que Tadao Ando a construite pour faire entrer la lumière et le vent, créant un dialogue réciproque entre l’environnement et l’architecture. Pour Ando, l’obscurité ne représente pas seulement un espace qui est sombre ‘optiquement’ mais qui possède une vraie présence physique. Lors de son voyage à Rome, il visite le Panthéon qui le marque particulièrement plus que les autres édifices. Un espace clos, sombre où la lumière zénithale pénètre en créant une profondeur de l’espace et suggérant son épaisseur.

Géométrie

La géométrie, en tant qu’instrument d’analyse du monde créée pour servir l’homme, est une logique importante dans l’architecture de Tadao Ando. Pour lui, c’est un moyen de dialoguer avec la nature et de concrétiser les concepts spatiaux. Par la géométrie rigide en béton, il recadre le paysage et amène l’élément naturel à l’intérieur de son architecture.

Labyrinthe

Dans ses architectures, Ando cherche à organiser un parcours. L’idée de transition est au coeur de son travail : l’intérieur et l’extérieur, la nature et le construit, l’individu et le monde. Ces espaces en dialogue permanent avec les différents éléments comme la lumière, l’ombre, le vent ou bien les ressources naturelles, invitent les visiteurs à se promener et à se perdre comme dans un labyrinthe. Il révèle et crée des tensions entre les espaces en alternant leur nature.

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